Les communes face à des responsabilités et des contraintes techniques nouvelles sont contraintes de s’unir en communautés de communes, « cependant la complexité engendrée par la multiplication et l'enchevêtrement des niveaux administratifs contribue grandement à éloigner les citoyens du pouvoir et à les rendre passifs, désabusés et frustrés(M.Petibout) »…

On en connait l’effet pernicieux dans les grandes agglomérations comme Clermont Ferrand, avec un empilage Kafkaïen des niveaux de responsabilités, des syndicats mixtes avec des mains droites qui ne savent plus ce que font les mains gauches et des disfonctionnements ubuesques comme l’affaire de l’incinérateur.

N’oublions pas non plus que cet empilage de niveaux administratif permet à chaque niveau décisionnel, coiffé par un autre plus grand et d’usage plus large, de survivre avec son propre conseil d’administration qui n’a plus d’autre office que de partager des indemnités de fonction et donc de servir à distribuer la prébende aux élus et militants « méritants »…Quel gâchis financier et moral !

(c’est un débat d’un haut intérêt local et nous aurons l’occasion d’y revenir dans les mois prochains)

Dans le même esprit, des voix s’élèvent donc pour supprimer les départements et les conseils généraux.

L’argumentaire développé parait imparable :

- Les grandes décisions et les grands projets se font au niveau régional et parfois même au niveau (encore inexistant) provincial et donc le pouvoir décisionnaire des conseillers régionaux se réduit comme peau de chagrin.
- L’Europe ne reconnait pas les départements français

Et là je dis danger, danger pour la démocratie !

Le Conseiller Général est le seul représentant du peuple qui mérite encore ce nom, qui corresponde encore pleinement à ce critère, avec, il est vrai, et dans une moindre mesure, le Député.

Pour le Maire à part dans les très petites communes, c’est une liste politique inféodée à un grand parti qui l’emporte. Pour les Conseiller Régionaux listes des partis ..No comment. Les Députés… allez vous faire élire si vous n’avez pas l’onction d’un grand parti. Les Députés Européens …liste des partis. Les Sénateurs, n’en parlons pas (hors sujet).

Il n’y a que pour l’élection des Conseiller Généraux que le scrutin est réellement nominatif pour tous et ou les mots d’ordre des grandes centrales sont le moins efficaces, car le candidat est, en théorie un homme ou une femme de terrain jugé et élu…au vu des résultats de son travail effectif sur le terrain et en faveur de ses électeurs.

Un politique, quelque soit son parcours, député, ministre, le jour ou il n‘est plus en faveur à la cour, peut toujours revenir vers les électeurs de son canton. S’il a prouvé son attachement à son électorat légitime par un vrai travail sur le terrain, il sera réélu haut la main …même et surtout ; si Paris le voue aux gémonies ! Par contre, si le même élu est issu uniquement du sérail des grands partis et a cessé de plaire il ne pourra pas revenir vers des électeurs qu’il n’a jamais eu pour de vrai (comme disent les enfants)

Si les Conseillers Généraux disparaissaient, c’est une page entière de notre démocratie qui se tournerait, c’est la légitimité de nos représentants qui serait remise en cause et l’on en arriverait à une fonctionnarisation de notre classe politique.

Et là, je dis danger pour la République!

Autant il faut élaguer dans les strates administratives qui sont issues de la décentralisation car leur opacité et leur coût présentent un risque de concussion, de non droit et de gaspillage de l’argent public, autant il faut veiller à garder l’esprit de nos institutions, à permettre au citoyen de choisir librement le politique qu’il juge le plus apte à le représenter.

Cette espace de liberté se réduit comme peau de chagrin ; le département et le conseil général en sont encore, historiquement et dans les fait, l’expression.

Veillons à ne pas nous en faire dépouiller…sinon, en évoquant la France, on ne parlerait plus de République.